A propos d’un courrier des lecteurs lu dans la NR sur l’école
Par Rue89 • 29 mai, 2009 • Catégorie: Lettre Ouverte •
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Monsieur Oldrati nous parle d’un temps idyllique, celui de la « communale » et du « certif », passeport pour « un monde actif qui nous tendait les bras ». Observons d’emblée qu’il faudrait à l’école une capacité d’adaptation étonnante pour que chacun de ses élèves trouve un emploi dans une France aux millions de chômeurs depuis 1973 aussi facilement que cela se faisait avec le plein emploi et le manque de main d’œuvre des « 30 glorieuses ».
Selon M. Oldrati, l’école est victime de deux mesures dues à « des érudits un peu sociaux et un rien démagogiques » : l’allongement de la scolarité obligatoire et son application à tous les élèves. Son rêve, tri, sélection, et séparation des élèves, c’est celui de l’école de Jules Ferry, où l’école primaire gratuite conduit les enfants du peuple au « certif », éventuellement à l’école primaire supérieure (études courtes, accès à l’école normale…) ou à l’école professionnelle. L’orientation précoce, avant le certificat, et la parcimonie des bourses leur interdisent l’accès à l’enseignement secondaire. A côté, les lycées ont eux aussi des classes élémentaires, mais payantes, elles, où la bourgeoisie inscrit ses enfants, ce qui les mène, sans même changer d’établissement vers les études longues du secondaire et du supérieur.
Ce système a perduré, peu ou prou, jusque dans les années 60. A Chavin, en octobre 1960, nous étions deux boursiers sur une bonne douzaine d’élèves à partir en 6ème au lycée d’Argenton.
Depuis avec l’école et le collège uniques (jamais vraiment réalisé), la prolongation de la scolarité à 16 ans, l’école a réussi à scolariser tous les enfants mais elle ne réussit pas encore à tous les instruire, donc à leur donner une véritable égalité des chances.
Il y a eu massification de l’enseignement pas vraiment démocratisation. « Dans le système éducatif actuel, le tri des élèves est précoce, l’orientation est fondée sur l’échec… le déterminisme social reste important. Les élèves modestes sont sous représentés dans les écoles prestigieuses » : c’est un rapport du Haut Conseil de l’éducation qui le dit en 2007.
Alors comment résoudre le problème ? En revenant à la « communale » que regrette M. Oldrati ? Toutes les études et notamment toutes les comparaisons entre les systèmes éducatifs, notamment européens, montrent que là n’est pas la solution. On comparera avec intérêt le système d’école unique dans les pays scandinaves (même cursus de 7 à 16 ans, sans redoublement, 95% de diplômés en sortie) et les autres systèmes (anglo-saxon, germanique ou latin) qui différencient plus tôt les cursus (l’Allemagne avec une orientation vers un apprentissage pourtant jugé très performant).
En fait, l’idée que sélection rime avec efficacité est un mythe. Un des préjugés dominants actuels serait que l’idée d’objectifs communs à atteindre pour tous les enfants d’une génération relèverait au mieux de l’utopie au pire d’une idéologie d’égalisation du niveau par le bas.
Les pays qui ont adopté l’objectif de parcours « au même rythme et avec le même contenu » (scandinaves mais aussi asiatiques) y sont arrivés grâce à un enseignement adapté pour tous. Plutôt que de faire du redoublement ou des filières de relégation les moyens de faire face à l’hétérogénéité des élèves, leurs dispositifs éducatifs ont choisi la voie dite de « l’intégration individualisée » dans le système commun (choix contraire à celui fait actuellement en France, avec soutien, redoublement, absence d’enseignement individualisé…).
Tous les indicateurs concluent en fait que les systèmes à « intégration individualisée » sont non seulement les plus équitables mais aussi les plus efficaces quant à la performance scolaire totale des élèves, contre les systèmes de « séparation » (y compris allemand) qui ne sont ni juste ni performants.
La voie choisie aujourd’hui par nos gouvernants va dans le sens proposé par M. Oldrati (différenciation entre les élèves) : c’est la moins productive. Celle que je propose, quant à moi en tant qu’homme de gauche et spécialiste de ces questions, c’est celle, moins flatteuse pour l’opinion (moins démagogique ?), mais plus ambitieuse et surtout gage d’une véritable égalité des chances, c’est celle de l’intégration individualisée, c’est à dire de l’individualisation des parcours autours d’objectifs communs. C’est celle qui triomphe dans les classements internationaux (enquête PISA – OCDE). C’est la voie républicaine par excellence.
Jean-Yves GATEAUD
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