La croissance verte
Par Manuel Flam • 8 juin, 2009 • Catégorie: Lettre Ouverte •
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Le monde est aujourd’hui confronté non pas à une, mais à deux crises, liées entre elles, et d’une ampleur sans précédent :
– Une crise économique bien sur, dont nous connaissons aujourd’hui en France les conséquences dramatiques.
Pièce en trois actes – retournement du marché immobilier américain dès 2006 ; transmission au secteur bancaire à partir du segment subprime à l’été 2007 ; transmission à l’économie réelle en 2008 avec l’annonce des premières grandes faillites (Fannie Mae and Freddie Mac) – la crise actuelle est celle du capitalisme financier issu de la révolution conservatrice de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher du début des années 1980.
Financiarisé à l’extrême, privilégiant systématiquement la rentabilité de court terme sur les investissements de long terme, le modèle économique néolibéral qui a dominé les trente dernières années s’est aujourd’hui épuisé, jetant au chômage des centaines de milliers de personnes à travers le monde.
– Une crise écologique ensuite, dont nous découvrons avec inquiétude non seulement l’ampleur mais aussi l’imminence.
Les travaux du GIEC – ce groupe de 2500 scientifiques réunis pour étudier les effets du changement climatique – tirent à ce sujet des constats alarmants : si nous suivons les tendances actuelles, les températures mondiales moyennes devraient augmenter de 2° à 3°C dans les cinquante prochaines années.
Mais la Terre sera condamnée à un réchauffement de plusieurs degrés supplémentaires si les émissions continuaient à augmenter comme elles le font aujourd’hui. A titre d’illustration de l’ampleur d’une telle hausse, la température actuelle est seulement 5°C plus élevée que pendant la dernière période glaciaire.
Ce réchauffement aura des effets catastrophiques, souvent transmis par l’eau :
· En cas de réchauffement de 3° ou 4°C, des dizaines, voire même des centaines de millions de personnes supplémentaires seront victimes d’inondations chaque année en raison de la hausse du niveau des mers. Il y aura des risques graves et de plus grandes pressions pour la protection du littoral dans le Sud-Est asiatique (Bangladesh et Vietnam), dans les petites îles des Caraïbes et du Pacifique, ainsi que dans les vastes cités côtières telles que Tokyo, New York, Le Caire et Londres. D’ici le milieu du siècle, deux cents millions de personnes pourraient être déplacées de façon permanente en raison de la hausse du niveau de la mer, d’inondations plus fortes et de sécheresses plus intenses.
· Les écosystèmes seront tout particulièrement vulnérables au changement climatique, 15% à 40% environ des espèces étant potentiellement en danger d’extinction après un réchauffement de seulement 2°C. D’autre part, l’acidification de l’océan, qui est un résultat direct de la hausse des niveaux de dioxyde de carbone, aura des effets majeurs sur les écosystèmes marins, entraînant éventuellement des conséquences négatives sur les stocks halieutiques.
· La fonte ou l’effondrement des plaques de glace menacerait, en fin de compte, des terres qui aujourd’hui accueillent une personne sur vingt.
Dans ce contexte, les gouvernements du monde doivent relever le défi immense de répondre en même temps à des impératifs de court terme – redonner au plus vite un emploi à ceux que la crise économique a balayé – et de long terme – construire une économie sobre en carbone faiblement émettrice de gaz à effet de serre.
La véritable révolution engagée par la nouvelle Administration Obama réside dans la réponse apportée à ce double enjeu.
Dans le discours qu’il a prononcé pour défendre l’adoption de son plan de relance – d’ un montant exceptionnel de 787 milliards de dollars – Barack Obama a affirmé que les Etats-Unis ne sortiront de la crise qu’en investissant massivement dans la croissance verte : il compte ainsi créer 2,5 millions d’emplois verts pour 2012.
Ces choix en faveur du « vert », s’ils sont justifiés par la lutte contre le changement climatique, sont donc également motivés par des raisons économiques. Et il ne faut pas s’y tromper : si l’objectif américain est de prendre le « green leadership » mondial, jusque là détenu par l’Europe, c’est parce que le pays qui aura le plus vite construit une économie verte performante, sera le pays dont l’économie sera la plus compétitive du monde dans les dix prochaines années.
L’enjeu est environnemental, bien sur, mais économique, aussi ! Il faut le souligner encore et encore : protéger l’environnement ne détruit pas des emplois, cela en crée !!!
Alors en France, où en sommes-nous ?
Le Grenelle de l’Environnement a marqué une rupture forte, en dégageant un consensus salutaire autour d’objectifs de politique publique de long terme visant à construire une société plus durable.
Le vote massif des sénateurs en février dernier en faveur de l’adoption du projet de loi « Grenelle 1 », après le vote à la quasi-unanimité à l’Assemblée nationale le 21 octobre 2008, marque l’attachement des socialistes à mener face à la politique du Gouvernement une opposition constructive. Des sommes considérables doivent être engagées pour donner suite au Grenelle – 440 milliards d’euros à l’horizon 2020 – mais ce ne sont que des engagements de principe, tout reste encore à faire.
A cet égard, il n’y aura jamais en France de croissance verte solide si nous n’investissons pas massivement, et tout de suite, en faveur de la recherche et de la formation.
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