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Ce qu’il y a derrière la main de Thierry Henry

Par Manuel Flam • 24 nov, 2009 • Catégorie: Chroniques RCFImprimer cet article Imprimer cet article

Etienne Pépin : Bonjour Manuel Flam, aujourd’hui, pour votre première chronique, vous allez nous parler de football, un sujet a priori pas forcément très politique. Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce choix ?

Manuel FLAM : Bonjour Etienne, oui, j’ai bien décidé de vous parler de football aujourd’hui. Pourquoi ?

La première raison, c’est que je suis un passionné de longue date du ballon rond. Comme beaucoup de Français,  je suis avec une fierté exigeante les matchs de l’Equipe de France et comme beaucoup de berrichons je surveille avec assiduité les aventures – ou les mésaventures – de la Berri en Ligue 2.

La seconde raison, c’est que je suis aussi, comme beaucoup, pris d’un très grand malaise depuis mercredi dernier, jour fatidique où le Capitaine des Bleus, Thierry Henry, a utilisé sa main pour aider son équipe à marquer le but de la qualification en Afrique du Sud.

Etienne Pépin : Est-ce que vous êtes gêné parce que Thierry Henry nous a qualifié en trichant ?

Bien sur Etienne, ce qu’a fait Thierry Henry est désolant et le sentiment d’injustice que ressentent les irlandais aujourd’hui est compréhensible. Une victoire, quel qu’elle soit, dès lors qu’elle est entachée de fraude, est pire qu’une défaite. Le fait d’ailleurs que les irlandais, s’ils avaient eux aussi marqué un but de la main, ne se seraient certainement pas dénoncé à l’arbitre, ne me console en aucune façon. Alors que nous avons, nous adultes, la responsabilité d’éduquer nos enfants en leur offrant un cadre moral pour leur vie future, comment les laisser devant la télé assister à un match où celui qui triche l’emporte au vu et au su de tous ?

Etienne Pépin : Très bien, mais alors que faut-il faire ?

Il n’y a qu’une seule solution possible : rejouer le match. Obtenu indignement, l’honnêteté nous impose d’accepter de remettre l’ouvrage sur le métier et d’affronter une nouvelle fois les irlandais. C’est d’ailleurs ce qu’a demandé Thierry Henry.

Mais voilà, cette solution est tout bonnement impossible. Elle est inenvisageable, même si tout le monde, Français et Irlandais, s’entendaient pour rejouer le match.

Pourquoi ?

Parce que les enjeux financiers sont trop importants.

Les chaînes de télé d’abord refuseraient de payer une nouvelle fois aux Fédérations nationales le prix exorbitant des droits de retransmission du match. Les dirigeants des championnats nationaux, ensuite, s’opposeraient à l’idée de devoir modifier leur calendrier : lors des trêves internationales, les rencontres du week-end sont annulées, les recettes avec. Et puis, enfin, ce sont les clubs qui ne verraient pas d’un très bon œil l’idée de payer leurs meilleurs joueurs  à courir sur d’autres terrains que les leurs une semaine de plus.

Nous nous ne rejouerons donc pas le match pour une seule et unique raison : l’argent.

Derrière l’affaire « Thierry Henry » apparaît de manière éclatante les conséquences d’un univers, celui du foot, où l’argent écrase tout.

Le football est devenu un monde ou des garçons de 20 ans gagnent en une semaine ce que des ouvriers qui ont travaillé toute leur vie gagnent en une année.

Le foot est devenu un monde où pour s’acheter les services des meilleurs joueurs, des clubs, comme le Real Madrid cet été, dépensent en quelques jours près de 200 millions d’euros. A Châteauroux tout le monde tire les mêmes conclusions sur  l’avenir de la Berri : le budget dont nous disposons nous empêche définitivement de monter en Ligue 1 et nous situe en haut de la deuxième moitié de tableau. C’est le budget des clubs qui détermine leurs classements, point final ! Où est le sport ?

Très loin du jeu que nous pratiquions dans la cour d’école, très loin des matchs du dimanche avec les collègues ou les amis, très loin même des exploits d’authentiques sportifs, le football est devenu un spectacle où le chiffre d’affaire des clubs et des fédérations l’emporte largement sur la question de savoir si la victoire a été emportée en trichant ou non.

Etienne Pépin : Mais peut-on faire plus que le regretter ? Y a-t-il quelque chose à faire ?

Manuel FLAM  : Bien sur, la société a les moyens d’encadrer de telles dérives. C’est à la Puissance Publique de fixer les règles garantissant le fonctionnement sain du football et tous les autres sports. Comme pour les grands patrons et pour les traders, je pense que l’Etat doit encadrer aussi bien les rémunérations des sportifs, que leurs transferts. La masse salariale des clubs diminuant, le coût des entrées au stade serait également moins élevé.

Introduire de la décence dans ces pratiques est nécessaire.

Elle est la condition qui nous permettra de regarder avec la même passion qu’auparavant les performances des footballeurs.

Elle est ce qui nous donnera l’envie d’applaudir des deux mains les exploits d’un sportif exceptionnel, comme l’est Thierry Henry.

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