Le foot ou les retraites
Par Manuel Flam • 28 juin, 2010 • Catégorie: Editorial •
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Alors que ce jeudi 24 juin, la France entière manifeste contre la réforme des retraites, le Président de la République Nicolas Sarkozy juge absolument fondamental de recevoir à l’Élysée le champion de football Thierry Henry.
C’est vrai que le catastrophique parcours des Bleus à la Coupe du monde a plongé bon nombre de nos concitoyens dans le désarroi. Quel spectacle… de jeunes garçons multimillionnaires refusant de s’entraîner au motif que leur entraîneur, totalement incompétent mais constamment soutenu depuis six ans par la Fédération Française de Foot, avait fait acte d’autorité auprès d’un joueur l’ayant insulté à la mi-temps d’un match (Nicolas Anelka, alias Dark Vador pour ceux qui l’ont vu rentrer de Johannesburg la capuche noire enfoncée sur ses lunettes de soleil) et dont les propos ont été repris en première page de l’Équipe.
C’est vrai que l’image donnée par la France aux yeux du monde lors de cette épreuve sportive est affligeante. Faut-il s’en étonner ? Comment l’expliquer ? On pense bien sûr à l’argent qui circule dans ces milieux : mouiller le maillot par amour du club ou du pays est un lointain souvenir, et aujourd’hui les footballeurs professionnels – qui plus est internationaux – courent manifestement beaucoup plus rapidement vers leurs sponsors qu’après le ballon. De toute façon, peut-on encore parler de sport quand on donne 180.000 euros par semaine à un garçon de 20 ans pour aller s’entraîner ?
Mais il faut y voir en plus, à mon sens, la faillite collective de la FFF. C’est une Fédération verrouillée, bloquée, où tous les mécanismes de la démocratie interne ont été écrasés au profit de quelques personnes qui se partagent le fromage – et il est gros – et prennent soin de ne distribuer les parts qu’à leurs copains. Certains membres du Conseil Fédéral sont en place depuis plus de vingt ans,
ont des intérêts communs, se sont nommés mutuellement et se soutiennent toujours quand ils sont mis en cause, quelque soit la raison. Tout système de pouvoir qui ne se renouvelle pas est, au bout d’un moment, gangrené par le copinage et le clientélisme. L’intérêt général disparaît au profit de la défense des intérêts particuliers et on assiste, révulsé, au double discours classique dans ces cas là : « moi, je ne pense qu’à ma mission… et c’est pourquoi je ne démissionnerai pas ! ».
A d’autres ! Tout le monde a bien compris les raisons pour lesquelles les instances fédérales ne démissionnaient pas collectivement : il faut garder le pouvoir pour soi, envers et contre tout, même si cela conduit tout le monde à la catastrophe. Il faudrait que la Fédération entame le chantier de la rénovation, celui du renouvellement de ses cadres qui permettrait de donner un nouveau souffle au football français : c’est la responsabilité des adhérents de cette Fédération. A eux de se prendre en main pour nous montrer qu’ils sont capables d’offrir un autre visage.
Ce constat est triste. Il est pathétique. Il est même écœurant. Mais ce n’est que du football
Et il faudrait peut-être remettre les choses à leur place !
Alors que le président de la République reçoit le meilleur marqueur de l’histoire des Bleus ce jeudi matin (ce n’est pas rien quand même, combien d’associations, d’ONG, etc… aimeraient être reçu par le Président du jour au lendemain suite à un coup de fil ?), la France qui se lève tôt – oui c’est une valeur de gauche le travail ! – la France qui travaille toujours plus et gagne toujours moins, la France qui en prend plein la figure depuis 2007, cette France là est dans la rue pour essayer de conserver les quelques acquis sociaux qui lui restent. Ces acquis qui protègent avant tout les plus faibles, ceux dont le
travail est le plus pénible.
Nous, au parti socialiste, nous avons proposé une contre réforme qui en plus de garantir ces droits minimaux est équilibrée budgétairement. Le Gouvernement la juge bien sûr inappropriée – mais fallait-il s’attendre à autre chose ? – et nous savons déjà que nous ne serons ni entendus, ni écoutés.
Descendons dans la rue. Battons-nous.
C’est tout ce qui nous reste.
Manuel Flam est
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